Matthieu aime Martin

Commencez par écouter…


Le son rock opéra de Matthieu Chédid envahit progressivement l’Église des Frères Prêcheurs, où se tient l’exposition MMM, à Arles. Dans chaque alcôve et recoin, un nouvel instrument accompagne une sélection de photographies de Martin Parr.

Martin Parr et Matthieu Chédid se sont rencontrés il y a un an disent-ils, et se sont plu. Il en résulte cette collaboration étonnante où M, la pop star consacrée, habille de sa musique l’exposition consacrée aux photographies de Parr, le pop photographe impertinent.
L’ambiance est électrique, évidemment, intense et relaxante à la fois. Les visiteurs errent d’un espace à l’autre, où sont disposées de nombreuses chaises longues dont les toiles sont faites des photographies de Parr.

L’idée d’avoir rassemblé ces deux univers est quelque peu déconcertante… presque contre nature, et le résultat peu laisser dubitatif. Rien de désagréable cependant, et l’atmosphère mystico-symphonique nous donne l’occasion de flâner, en redécouvrant l’œuvre de Martin Parr.
Et finalement, il faut l’avouer, la magie opère.

La musique, morcelée en huit instruments jouant chacun leur partition, se compose et se décompose suivant nos pas. Est-ce mélodique ou discordant ? Un long silence conclut la séquence et nous révèle à quel point l’espace se vide et les photographies se mettent à attendre… La musique de M, dans sa grande douceur, apporte profondeur et intensité aux images de Parr, leur donnant une couleur poétique très inattendue. Matthieu aime Martin, qui le lui rend bien.

 

Martin Parr, habituellement apprécié pour son regard cynique et humoristique sur la société, apparaît sous un jour plus réfléchi. Sa photographie ne se cantonne pas à la blague, à l’insolence et à la démonstration de l’obscène, elle explore aussi le monde comme un théâtre. Ce que révèle Parr, ce sont les effets de mise en scène qui apparaissent dans le quotidien. Et il n’est finalement pas tellement question de hasard ou de sens de l’’instant dans ses photos, mais plutôt d’ordonnance et de régularité. Les images de rassemblements populaires, de plages, de foires agricoles et autres concours hippiques sont toujours rassemblées en séries, montrant avec un certain systématisme comment les groupes sociaux se structurent dans le mimétisme et la répétition. Parr n’est pas tant un photographe de l’anecdote : il révèle le commun et les usages populaires codifiés.

Dans les quelques vidéos qu’il a eu l’occasion de présenter lors de la projection qui lui était consacrée au Théâtre Antique d’Arles, on retrouve le même intérêt pour l’exploration des structures sociales. Parr a filmé les bureaux d’une petite entreprise familiale dans laquelle l’outil informatique n’a jamais fait son entrée. Il interroge les employés d’une fabrique de bonbons colorés qui eux aussi perpétuent des gestes anciens, respectant les traditions avec tendresse et innocence. Un dernier film montre les habitants et fêtards de la ville touristique de Blackpool aux prises avec une tempête venteuse, gardant toujours le sourire et vaquant coûte que coûte à leurs occupations.

Sans se départir de son langage humoristique à la « strip tease », qui donne à ses sujets un air de satire critique et décalée, il s’attache à révéler le sens et la prégnance des traditions. Que ce soit en film ou en photographies, Martin Parr ne parle en définitive que de ça : des formes de régularités adoptées par la société pour assurer sa solidité, pour que ses membres se reconnaissent, pour que les conventions sociales propres à une culture (ou une sous-culture) perdurent.

Dans son discours rétrospectif au Théâtre d’Arles, le photographe insiste sur les différents appareils et objectifs utilisés au long de sa carrière. Ce n’est pas un hasard s’il se met à utiliser une optique macro assortie d’un « ring flash », une « combinaison habituellement utilisée dans le milieu médical », nous précise-il.
Le regard de Parr ne se cantonne pas à une analyse globale de la société de consommation ou du monde moderne, c’est avant tout une vision locale, nostalgique… et quasiment scientifique.

 

Merci Matthieu Chédid de nous avoir permis de lire, avec quelques notes bien assorties, une œuvre entière sous une nouvelle lumière.

 

MMM, Matthieu Chédid rencontre Martin Parr
Rencontres Internationales de la Photographie d’Arles 2015.

Direction artistique : Matthieu Chedid, Martin Parr et Sam Stourdzé
Église des Frères-Prêcheurs jusqu’au
30 août. 10h-19h30.

Photographies de Rémi Lo Duca, Sylvie Chan-Liat.

Capture sonore de Émilie Groleau.

 

 

Alice Fournier