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Dans la série des projets photographiques improbables, voici « Duck : une théorie de l’évolution » d’Olivier Cablat.

À l’entrée de l’exposition, le visiteur est invité à entrer dans une sculpture-bâtiment géante en forme de canard.  À l’intérieur de celle-ci, il peut s’asseoir ou danser sur de la musique électronique. Le ton est donné. C’est festif, drôle, pop et décalé.

Les passionnés d’architecture sauront rapidement de quoi il retourne.

Mais un petit rappel historique devrait nous éclairer un peu plus. En 1930, un fermier du nom de Flanders possédant un élevage de canard a construit sur le site de son exploitation un bâtiment épousant les formes rondes et délicates du volatile dans un but publicitaire. En 1972, les architectes de la mouvance post-moderne, Robert Venturi, Denise Scott Brown et Steven Izenour font une étude sur les bâtiments commerciaux de la ville de Las Vegas. L’ouvrage Learning from Las Vegas (1972), aujourd’hui culte, avait permis de dégager deux types d’architectures présentes dans la ville. Le premier est le « hangar décoré » reconnaissable à ses grands panneaux lumineux. Le second, nommé le « canard » (« Duck »), en référence à la ferme de Flanders, est identifiable par la reprise littérale de la forme d’un objet que l’on peut retrouver en vente à l’intérieur ou évoquant symboliquement ce que l’on peut y faire.

Le projet de Cablat fonctionne grâce à la réactivation de cette esthétique du « duck ». Son principe repose sur une logique exhaustive et cumulative sans précédent liée à la culture populaire. Car l’artiste a effectué un long travail de recherche en récupérant le plus d’images de ces bâtiments ou de véhicules en forme d’objets. Il a moins cherché à rendre compte de l’opulence de ce type de manifestation dans le monde qu’à faire une sorte de typologie très personnelle, organisée pour nous faire ressentir une forme d’évolution du motif présenté. La forme privilégiée rendant compte de cette classification est le photomontage.

On se prend à penser aux collages du photographe hongrois Laszlo Moholy-Nagy mais on pense aussi à la photographie publicitaire d’objets de consommation utilisée pour des panneaux ou des prospectus.

Car ces images de bâtiments sont parfaitement détourées, décontextualisées puis apposées sur un fond blanc. Le titre de chaque montage offre une clé de lecture humoristique à ces assemblages : nous avons droit à « Mutations génétiques avec comportements agressifs » concernant des bâtiments en forme de requin, ou encore « Phase podologique de l’évolution » pour ceux en forme de chaussure. Adjoint à ses tirages, est visible une déclinaison folle d’objets miniatures issus de la culture pop, de statuettes de canards en terre cuite (appelés « Santons de Provence »), de diaporamas sur grand écran avec un défilement des images collectées en morphing.

Bref, on convoque pas mal de références dans sa tête sans forcément comprendre pourquoi. Car la pratique de Cablat fonctionne comme l’architecture postmoderne : ne pas avoir peur de reprendre à son compte des formes antérieures, de les déboulonner, de les déplacer voire de les vider de leur signification originelle pour en faire advenir de nouvelles. Ici humoristique, joyeuse et amusante.

Emilie Groleau.

Olivier Cablat, Duck, une théorie de l’évolution

Exposition visible à la Grande Halle aux Rencontres de la Photographie d’Arles 2015.

jusqu’au 20 septembre.

www.oliviercablat.com

Photographies : Sylvie Chan-Liat.